
Elena, pouvez-vous nous présenter votre métier ?
Elena Wuhrlin : "Je suis enseignante en activité physique adaptée au centre de réadaptation de Colmar (CRC), au sein de l’UGECAM Alsace. Nous sommes une équipe de six enseignants en activité physique adaptée (APA). Notre rôle est de rendre l’activité physique accessible à toute personne qui souhaite en faire. Nous partons du principe que toutes les activités peuvent être adaptées. Au CRC, nous accompagnons des adultes avec des pathologies et des capacités très différentes.
L’activité physique adaptée agit sur trois dimensions : physique, psychologique et sociale. Les séances sont souvent collectives, car le groupe permet aussi de créer du lien, de partager et de prendre du plaisir.
Le CRC accueille des patients aux profils très différents : traumatologie, neurologie, maladies métaboliques, cérébrolésions… Comment adaptez-vous l’activité physique à cette diversité de situations ?
L’adaptation commence avant même la séance : le choix de l’activité, la manière de l’expliquer, les mots que l’on utilise, la façon dont on va l’amener aux patients. Ensuite, on adapte le matériel et les exercices : est-ce que la personne peut être debout ou doit rester assise ? Quelles charges peut-elle porter ? Quelle amplitude peut-elle réaliser ? Par exemple, lors d’une séance de basket, certains patients vont pouvoir utiliser un panier à hauteur classique, d’autres auront besoin qu’il soit abaissé. Certains vont pouvoir tirer comme un basketteur, d’autres vont utiliser une autre façon de lancer. Mais à la fin, tout le monde aura fait du basket. On part d’un support commun et on l’adapte aux capacités de chacun.
Lorsque c’est nécessaire, nous travaillons aussi à deux enseignants en APA. Pendant que l’un encadre l’ensemble du groupe, l’autre peut apporter une aide plus individualisée : sécuriser un patient dont l’équilibre est fragile, reformuler une consigne ou simplement lui laisser davantage de temps."
Concrètement, quels bénéfices observez-vous chez les patients lorsqu’ils intègrent une activité physique dans leur parcours de réadaptation ?
E.W. : "Elle permet bien sûr de travailler la mobilité, l’endurance ou l’équilibre. Mais elle peut aussi aider à reprendre confiance, retrouver de l’autonomie et se projeter à nouveau dans des activités du quotidien. Je pense notamment à une patiente opérée du dos qui avait beaucoup de difficultés à se mettre debout. En séance, nous avons travaillé la station debout et l’endurance, notamment à travers des jeux de passes avec une balle. Le côté ludique permet parfois d’oublier un peu l’effort ou la peur. Au fil de sa rééducation, avec le travail complémentaire des kinésithérapeutes et des ergothérapeutes, elle a progressivement retrouvé ses capacités. Elle pouvait à nouveau rester debout pour cuisiner et augmenter son périmètre de marche. Elle m’a dit : « Je vais pouvoir retourner chercher mon pain à pied ».
C’est ce qui me plaît beaucoup dans mon métier : partir d’un objectif de soin et le relier à quelque chose de très concret pour la personne. Plutôt que de parler uniquement de mobilité ou d’amplitude, on peut dire : « Vous allez pouvoir refaire du vélo » ou « Vous allez pouvoir retourner faire de la randonnée ». Cela redonne du sens."
Comment travaillez-vous avec les kinésithérapeutes, ergothérapeutes, médecins et autres professionnels du CRC pour inscrire l’activité physique dans le parcours de chaque patient ?
E.W. : "L’activité physique adaptée est pleinement intégrée dans la prise en charge. Chaque professionnel intervient en fonction des besoins du patient et du moment de son parcours. Nous travaillons notamment avec les kinésithérapeutes et les ergothérapeutes, mais aussi avec les orthophonistes, les neuropsychologues ou les psychologues. Chacun apporte son regard et peut nous donner des éléments pour adapter nos séances. Par exemple, un orthophoniste peut nous conseiller d’intégrer certaines consignes pendant une activité, ou un neuropsychologue nous proposer de travailler la double tâche en faisant marcher un patient tout en lui demandant de compter. Cette complémentarité est une vraie richesse : nous travaillons autour d’un même patient, avec des regards différents."
Et après le séjour, comment donner envie de continuer ?
E.W. : "Nous faisons aussi beaucoup d’éducation thérapeutique pour expliquer les bénéfices de l’activité physique, mais surtout comment la faire entrer dans son quotidien. La régularité est essentielle. Il n’est pas nécessaire de faire deux heures de sport. Dix minutes, c’est toujours mieux que zéro. Aller chercher son pain à pied, prendre les escaliers plutôt que l’ascenseur, se lever régulièrement lorsqu’on reste longtemps assis… Toutes ces petites choses cumulées font une différence.
Nous pouvons également orienter les patients vers les ressources du territoire, comme les Maisons Sport-Santé, les associations ou les clubs. À Colmar, notre journée « Santé vous sport » permet notamment de faire découvrir aux patients des partenaires et des activités qu’ils pourront retrouver après leur prise en charge."
Si vous aviez un seul conseil à donner ?
E.W. : « Bouger, c’est la vie ! » Et surtout, trouver une activité qui procure du plaisir. Ce plaisir peut évoluer avec le temps. Ce que l’on aime aujourd’hui ne sera peut-être plus ce qui nous convient dans quelques années. Ce n’est pas grave : il faut simplement retrouver une activité qui nous donne envie de bouger. Peu importe finalement la motivation : rester en forme, se sentir mieux, décompresser, retrouver ses amis… L’important, c’est de trouver ce qui fonctionne pour soi et dans la durée.
Une passion qui se partageElena est passionnée de sport. Mais ce qu’elle aime particulièrement dans son métier, c’est accompagner une personne d’un point de départ vers un progrès, une évolution. Elle se souvient notamment d’une patiente de 46 ans ayant eu un AVC, qui souhaitait retrouver la possibilité de faire du vélo. Après avoir repris progressivement différentes activités, elle a pu remonter sur un vélo au cours de l’été. |
Le parcours d’Elena
- Licence STAPS – Activité physique adaptée, puis Master pour approfondir ses connaissances et développer son expérience de terrain.
- Première expérience professionnelle en Maison Sport-Santé, auprès de personnes atteintes de pathologies, en situation de handicap ou ayant des besoins spécifiques.
- Depuis 2022 : enseignante en activité physique adaptée au Centre de Réadaptation de Colmar, au sein d’une équipe de six enseignants APA.
- Depuis 2025 : ambassadrice sport-santé à l’UGECAM Alsace, pour promouvoir les bénéfices de l’activité physique auprès des patients et des collaborateurs.
- Depuis 2023 : participation à l’organisation de la journée « Santé vous sport », un rendez-vous sportif et convivial réunissant patients, professionnels et partenaires du territoire.
- Un engagement qui se poursuit en 2026, avec des actions sportives proposées aux collaborateurs de l’UGECAM Alsace.